Hubert Védrine, aspergé de sang factice
le 28 novembre dernier à Paris
Dérives extrémistes.
Depuis quelques mois, les activistes spécialisés dans la prétendue défense des droits de l’homme ont changé de stratégie. Après avoir longtemps agi sur le mode incantatoire et tribunicien, les « droits-de-l’hommistes » ont changé de braquet. On est ainsi passé à la provocation teintée de violence verbale et/ou physique.
Cette violence est utilisée, la plupart du temps, par des groupuscules de quelques dizaines de personnes, qui s’arrogent donc le droit de répondre par la brutalité à ce qu’ils estiment injuste.
C’est ce terreau là qui a, hélas, servi de base idéologique à l’extrême gauche européenne dans les années 60 et 70. On a trop vu vers quelles violences ces dérives ont conduit ces groupuscules...
A cet égard, l’hebdo « Jeune Afrique », dans sa livraison du 9 au 15 décembre 2007, écrivait ceci : « organisés façon commandos, les militants altermondialistes français, membres d’ONG comme SURVIE, ATTAC, ou Greenpeace, ont décidé d’intervenir, de manière parfois brutale et douteuse, au cœur de la relation franco-africaine. Au point d’inquiéter les services chargés de la protection des personnalités.
Le 28 novembre, c’était l’ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine qui était aspergé de sang factice par le « Collectif génocide made in France » devant le Cercle national des armées à Paris, au motif qu’il aurait « couvert » la tragédie rwandaise (…). Et le 6 décembre, une quarantaine d’activistes s’en sont pris, devant le Sénat, aux organisateurs du Forum mondial du développement durable – dont son délégué général, le journaliste Emile Malet- « coupables » d’avoir invité le président congolais Denis Sassou Nguesso. La police française, qui est intervenue, a interpellé plusieurs manifestants d’origine congolaise ».
Voilà le fond du problème : les altermondialistes, dans leur acharnement à dénoncer, à tort ou à raison, les dérives supposées de tel ou tel décideur, s’appuient le plus souvent sur une réécriture de l’histoire récente. Et ce pour les besoins de leur cause du moment.
Ainsi, Hubert Védrine est accablé de tous les pêchés d’Israël alors que, durant le génocide rwandais, perpétré en pleine période de cohabitation entre François Mitterrand et Edouard Balladur, il n’était « que » secrétaire général de l’Elysée. Et pas ministre des Affaires étrangères. Ni même membre du gouvernement ; en tous les cas, rien n’indique qu’il ait joué un rôle prépondérant dans cette affaire.
Xavier Renou, l’un des porte-parole du collectif « génocide made in France », qui a revendiqué l’agression contre M. Védrine, tonitrue et affirme que « l’impunité dont jouissent encore aujourd’hui les complices français du génocide de 1994, est une insulte à la mémoire des victimes ».
Voilà donc M. Védrine transformé en « complice français » (sic) du génocide rwandais. Cette accusation grave est-elle le fruit d’une enquête minutieuse, ou d’une instruction judiciaire en bonne et due forme ? Que nenni !
Ces affirmations sont le fruit de l’intime conviction de ces messieurs bien-pensants, qui pontifient à longueur de journée, et qui distribuent les bons et les mauvais points aux uns et aux autres.
De même qu’ils gratifient Hugo Chavez de toutes les vertus démocratiques, ils diabolisent ceux qui ne sont pas dans la ligne exacte de leurs convictions.
Pour revenir au cas du Congo, ces messieurs ont décidé de réécrire notre histoire récente. Pour eux, la décennie de guerre civile que nous avons subie se réduit quasiment à un fait : l’affaire dite des disparus du Beach.
A les lire et à les écouter, un ignorant des affaires congolaises pourrait croire que le Congo n’a eu à déplorer que ces disparitions là. Alors que chaque famille congolaise, du nord au sud, et de l’est à l’ouest, peut aujourd’hui se targuer du triste constat d’avoir perdu, si ce n’est un parent, mais au moins un proche.
Provocation et gesticulation, donc. Provocation et gesticulation, quand Mme Belhassen, présidente de la FIDH (ligue internationale des droits de l’homme) débarque récemment à Brazzaville, et décide d’entraîner des familles dans une improbable séance d’hommage au Beach de Brazzaville, happening interdit à bon droit par les autorités. Cette affaire a été jugée définitivement, et l’Etat n’a pas à accepter que des personnes venues de l’étranger la relancent uniquement pour déstabiliser les autorités en place.
Qu’attendent donc Mme Belhassen et sa FIDH pour aller manifester au bord de la Seine, pour « rendre hommage » aux centaines d’Algériens dont la disparition, en 1961, n’a pas été élucidée à ce jour ? Il est vrai que ce serait là ouvrir une boite de Pandore qui remettrait en cause les fondements de la République gaullienne de l‘époque…
Provocation et gesticulation encore, quand une vingtaine d’organisations, essentiellement françaises, mobilisent péniblement une quarantaine de personnes pour venir huer le Président congolais devant le Sénat à Paris, le 6 décembre dernier.
De fait, le Président Denis Sassou Nguesso est présenté par ces messieurs et dames de grande vertu comme le prototype actuel le plus proche de l’Antéchrist. Il est vrai que dans cette vaste entreprise de dénigrement, ils sont puissamment aidés par quelques apprentis politiciens congolais en mal de courage pour venir au pays se frotter à la réalité de terrain.
Et c’est là le véritable drame de notre pays : la volonté de déstabiliser à tout prix le Congo, pour prendre dès que possible, la place de ceux qui gouvernent. Toutes proportions gardées, cette attitude me fait penser à celle d’un homme qui convoiterait une jolie femme. Celle-ci se refusant à ses avances, cet homme déciderait alors de la dénigrer, en la présentant comme une personne de petite vertu. Le temps faisant son œuvre, l’homme finirait, un jour, par obtenir ce qu’il veut. Mais qu’en serait-il alors de ce qu’il aura dit de cette femme ? Cessera-t-elle d’être mal perçue par les autres ?
Nulle part ailleurs en Afrique on aura assisté à cette connivence entre des membres de la diaspora d’un pays, et ce qu’il y a de plus rétrograde dans le mouvement altermondialiste, c’est-à-dire ceux qui, sous couvert de progressisme, veulent revenir à l’Afrique de Papa.
Thierry Moungalla |