Actualité : interview exclusive
Thierry Moungala réagit.
* Monsieur le conseiller spécial du Président de la République, vous avez connu le président Milongo, il vient de nous quitter, quelle est votre réaction et quelle image vous gardez de lui ?
** Je ressens un sentiment de tristesse profonde, puisque, comme vous le savez, j’’ai été collaborateur du président Milongo pendant la campagne de la présidentielle de 2002. Un peu avant même, mais surtout pendant la campagne. Je garde du président Milongo l’image d’un homme de modération, de modestie. Un profond patriote. En tant que chef de parti et homme politique,, il a toujours, dans ses choix politiques, et cela l’Histoire le jugera, fait la balance entre les intérêts partisans et la recherche de la paix, qui est, comme vous le savez, une fleur fragile dans notre pays.
Un homme de modération, parce qu’il a toujours prôné le dialogue ; un homme modeste, parce que nous l’avons vu évoluer, notamment dans la dernière Assemblée, l’Assemblée sortante où, simple député, certes président d’un groupe parlementaire, il n’a exigé aucun privilège particulier qui soit lié à son statut d’ancien président de l’Assemblée Nationale. Au contraire, il y a siégé comme tout député de base, dans les commissions permanentes et a fait profiter ses collègues de son expérience.
C’est un homme qui a profondément aimé son pays, parce que, comme pour tous ceux, et je me reconnais dans ce parcours là, qui ont travaillé à l’étranger, il a su garder sa patrie au fond de son cœur, et ce quel que soit l’attrait parfois factice de carrières à l’étranger. Il n’a pas manqué, à la fin de cette carrière, de rentrer au pays et de se mettre au service de la Nation, avec le parcours que nous avons connu depuis 1991, jusqu’à son décès.
* Il n’a pas été moins un opposant acerbe vis-à-vis de votre patron actuel, Monsieur Denis Sassou Nguesso ?
** Vous avez deux choses dans la vie : il y a ce qu’on appelle l’écume des choses, c’est-à-dire l’actualité politique, et il y a les tendances lourdes qui sont l’apanage des historiens. L’actualité politique immédiate a amené André Milongo à prendre les positions qu’il a prises, et je n’ai pas de commentaires particuliers à faire là-dessus.
L’Histoire, puisque aujourd’hui il est décédé, jugera les actes qu’il a posés, et nous éclairera sur les choix qu’il a effectués. Je crois que nous attendrons que des chercheurs, des scientifiques, se penchent sur son parcours pour séparer le bon grain de l’ivraie.
* Finalement, il a été cet homme aux mains propres, au cœur propre ?
** L’homme privé que j’ai connu était profondément croyant. Un homme profondément épris de pais. Un homme aux convictions humanistes certaines. Pour le reste vous savez que le combat politique est un combat difficile durant lequel nous sommes amenés, en tant qu’hommes politiques, à nous combattre durement. Et tout combat difficile nous amène à mettre les mains dans le cambouis, c’est-à-dire, quelque part, à nous salir les mains. Non pas dans le mauvais sens du terme, mais dans celui du mécanicien qui met les mains dans le moteur pour le réparer. C’est dans ce sens là que je dis que l’homme politique qui agit met forcément les mains dans le cambouis et sous le capot pour pouvoir réparer le véhicule.
* Un mot à l’endroit de Madame Milongo, les enfants et la famille ?
** Je transmets à Maman Laurentine Milongo mes sentiments de plus profonde tristesse et mille pensées, pour elle-même, et pour leurs sept enfants, dont certains me sont connus, les plus jeunes en l’occurrence. Et dans ce moment difficile, je souhaite leur dire que la Nation congolaise montrera très probablement, par le biais du Président de la République, au cours d’une cérémonie solennelle que le président Milongo est considéré par tous comme un digne fils du pays. Et je dirais à sa famille que nous souhaitons, au moment où la barque des dieux l’emporte vers l’Eternité, que son âme repose en paix, et que la terre de notre cher et beau Congo lui soit légère.
* Il aurait aimé que le combat continue, que la politique continue, puisque la vie continue. Parlons des législatives à votre niveau.
** La campagne pour les élections législatives se passe bien. Nous battons campagne à M’filou 1. Nous sommes face à un adversaire difficile du MCDDI, M. Malonga Philibert. Une circonscription qui fut MCDDI il y a une décennie. Nous déplorons parfois un climat fait de surenchère verbale, mais nous ne relevons pas cela, parce que nous sommes pour l’unité des fils et filles de M’filou, et puisque les enjeux sont aujourd’hui clairs pour les populations. Il s’agit d’élire un porte-parole, un « Nzonzi », c’est-à-dire un député qui prenne à bras-le-corps les problèmes des populations, et qui les porte à l’Assemblée Nationale.
* Venons- en à la question d’actualité sur les biens immobiliers des Présidents Bongo et Sassou. Vous savez que, récemment, il y a eu une marche en France, le 28 juillet, des Congolais à Paris, pour faire pression sur le gouvernement français de façon que ces biens soient saisis ?
** Sur cette affaire, j’ai beaucoup à dire. D’abord en ce qui concerne l’origine de la plainte. Si vous avez étudié le dossier, vous vous rendrez compte que l’association catholique CCFD, qui établit le rapport qui sert de base à la plainte, association dont j’ai affronté le président lors d’un débat télévisé en France, ne s’est pas portée partie prenante dans la plainte. Je ne comprends pas des gens qui estiment qu’un délit grave a été commis, établissent un rapport dans ce sens-là, et ne se portent pas eux-mêmes partie civile dans la plainte. C’est curieux. Les plaignants sont un groupement d’avocats qui s’appelle SHERPA, conduit par Me Bourdon. Donc, nous constatons avec regret qu’ils cherchent par tous les moyens à déstabiliser le Congo Brazzaville, et s’accrochent à toutes les branches qui existent pour déstabiliser nos institutions. Le second groupe est la Fédération des Congolais de la Diaspora.
Je dois quand même vous rappeler que les deux biens immobiliers du Président de la République du Congo, dont on souhaite la saisie ont été acquis il y a une génération, c’est-à-dire il y a environ 25 ans. Nous ne savons pas quels sont les éléments juridiques nouveaux qui ont permis, 25 ans après l’achat de ces biens, de dire qu’ils ont été achetés avec de l’argent détourné.
Second élément : je tiens à dire à vos lecteurs que cette plainte contient comme pièces justificatives, des coupures de presse, des articles qui eux-mêmes renvoient à d’autres coupures de presse.
Vous imaginez quel sérieux un magistrat pourra accorder à des « pièces juridiques » comme des coupures de presse. Nous avons même l’annuaire téléphonique, c’est-à-dire que nos adversaires ont produit, à l’appui de leur plainte, un extrait d’un annuaire téléphonique de France Telecom de Paris pour dire que l’on a trouvé quelqu’un qui s’appellerait Sassou-Nguesso qui a ouvert une ligne téléphonique à une adresse donnée ; on a donc considéré que cette adresse correspondait à un bien immobilier, et que ce bien immobilier appartenant ipso facto à M. Sassou Nguesso, a été acheté avec de l’argent détourné.
Vous voyez quel est le degré de sérieux, du moins le manque de sérieux, d’une telle plainte. A partir du moment où on invoque le caractère frauduleux d’un tel achat, je crois que le minimum est qu’on nous dise à quelle date a été effectué un tel achat, ce qui n’est pas le cas dans la plainte ; par quelle procédure ces biens ont été achetés ; est ce qu’ils ont été achetés selon la procédure applicable en France pour un achat immobilier ? Et comment les fonds qui sont censé avoir été détournés pour ce faire sont-ils parvenus entre les mains du vendeur ? Voilà des questions sérieuses, et des questions juridiques qui auraient dû sous-tendre une plainte sérieuse.
* Pour terminer ?
** Nous devons prendre conscience que le soubassement de cette plainte est éminemment ethnocentriste, voire raciste. Posséder deux biens immobiliers en France pour le Président Denis Sassou Nguesso, qui a plus de 40 d’expérience politique, est déjà un signe de modestie. Ce qu’on reproche au Président de la République, est le fait qu’il est à la tête du Congo, un pays endetté, et possède deux biens immobiliers, l’un dans le XVIème et l’autre dans une ville huppée comme Le Vésinet. C’est pour cela que j’ai parlé d’ethnocentrisme et de racisme.
Si ces biens avaient été achetés à Sarcelles ou à Mantes La Jolie, je me demande s’il y aurait eu cette agitation médiatique. Et, inversement, on nous reproche le fait que notre Chef d’Etat descende dans des hôtels luxueux quand il va dans des réunions à l’étranger.
On aurait donc souhaité que quand, par exemple, il va à New York, il aille loger dans un hôtel du Bronx ; et quand il vient à Paris, qu’il se loge dans un hôtel à Château Rouge.
Vous voyez bien qu’il s’agit là d’arguments à caractère ethnocentriste. Et finalement d’arguments à caractère néocolonial.
Propos recueillis par G.S. Ongouya.
In « L’OBSERVATEUR » n° 400 du 7 août 2007 |